Certaines vocations peuvent naître d’une façon inattendue. Parfois, il suffit de passer devant la boutique d’un luthier. Ce qui est arrivé au jeune Claude Tchatmitchian. « J’avais 20 ans et je suis tombé immédiatement amoureux de la contrebasse exposée dans la vitrine. Je suis entré dans le magasin pour me renseigner, en me promettant de revenir l’acheter le jour où j’aurai assez d’argent. » Ce qu’il fera quelques mois plus tard…
Il faut dire que le jeune homme n’était pas novice en la matière, issu d’une famille de musiciens amateurs éclairés. « Mes parents jouaient du piano et mon grand-père du violon », indique-t-il. « J’ai commencé la basse électrique à l’adolescence, après avoir écumé les concerts de rock, se souvient Claude Tchatmitchian. J’ai toujours été attiré par les sons graves de la basse et sa place dans une composition musicale. C’est un instrument assez particulier. Il est à la croisée de l’harmonie et du rythme. Le bassiste est le guide rythmique harmonique et c’est un rôle à la fois crucial et passionnant. »
Cette trouvaille dans une vitrine va sceller le destin professionnel de Claude Tchamitchian. Il abandonne la basse électrique pour devenir bassiste classique et ce Parisien de naissance descend dans le midi pour suivre une formation et passer tous ses diplômes à Avignon, avant de créer sa compagnie « Émouvance », du côté de Marseille où il a vécu quelques années. « Je suis revenu en 2000 en Île-de-France, car la plupart des musiciens que j’accompagne sont ici. »
Bondy pour de bonnes raisons
Le musicien pose d’abord ses valises à Romainville, avant de s’installer à Bondy en 2013. « J’ai découvert la ville par l’intermédiaire d’un ami qui y habite, détaille Claude Tchamitchian. Bondy m’a tout de suite plu par sa mixité générationnelle. De plus, j’ai trouvé un pavillon qui, sur le plan privé comme professionnellement, convenait parfaitement à mes aspirations. Je voulais un lieu de vie assez spacieux pour pouvoir en faire mon studio de répétition. » Cerise sur le gâteau : le musicien habite non loin de l’auditorium Angèle et Roger Tribouilloy qu’il fréquente régulièrement. Il y était encore en juin dernier, à l’occasion d’un concert de restitution, après une année de résidence* au conservatoire de Bondy.
« C’est un formidable outil, avec une acoustique idéale pour les formations classiques comme les nôtres » analyse-t-il. Ce concert a réuni une douzaine de musiciens, professeurs et élèves du conservatoire, pour lesquels le contrebassiste bondynois a écrit une suite musicale en cinq mouvements : « J’ai été très touché par la présence du Maire. C’est loin d’être toujours le cas, lors de mes concerts dans d’autres communes. Cela représente une belle reconnaissance du travail remarquable du conservatoire et de sa nouvelle directrice, Christelle Payain, qui a brillamment succédé à Marie Delbecq avec qui j’ai beaucoup travaillé ! »
Toujours sur la route
Même si le travail essentiel d’un contrebassiste est d’accompagner un orchestre acoustique, Claude Tchamitchian et l’un des rares musiciens français à se produire en solo. Il voyage toute l’année, à travers le monde, pour présenter son répertoire. La plupart du temps à travers des musiques qu’il compose. Lui ne veut rentrer dans aucune case. « Je fais de la musique de création, mélangeant la totalité de l’acquis européen. Je suis très proche du milieu du jazz, car j’adore ce courant musical. Le jazz a totalement émancipé la contrebasse. Un instrument à la base classique, mais je l’utilise dans une palette le plus large, en jouant alternativement avec l’archet ou en pizzicato, avec les doigts. »
Le moins que l’on puisse dire est que le contrebassiste ne s’arrête jamais. « J’ai la chance d’être beaucoup sollicité », ajoute humblement Claude Tchamitchian. Après avoir organisé, en juillet dernier, avec son épouse un festival dans le Perche, il enchaîne en ce début septembre par une semaine au Luxembourg, avant de revenir à Marseille pour un autre de ses festivals. « Puis ce sera l’Italie pour jouer avec une talentueuse flûtiste franco-syrienne de Montreuil que je connais depuis longtemps », précise-t-il. Enfin, suivra un mois de tournée en solo en Scandinavie où il se rendra… en voiture !
« Je passerai par l’Estonie, en prenant le bateau. Je me déplace quasi-exclusivement de cette manière, sauf quand je suis obligé de prendre l’avion. J’ai laissé tomber le train : c’est trop compliqué avec un instrument aussi imposant ! »
Une amie de 200 ans
Il va sans dire que Claude Tchamitchian tient à sa contrebasse comme à la prunelle de ses yeux. Il a développé avec elle une relation allant bien au-delà de celle d’un simple outil de travail. « C’est une contrebasse de Mirecourt, elle date du début du 19e siècle, détaille le musicien. Elle a donc 200 ans ! Avec un copain luthier, nous l’avons trouvée dans un très mauvais état et elle a profité d’une restauration complète. Ce n’est peut-être pas la basse la plus puissante, mais elle a un velouté idéal pour la musique que je compose. »
Même si c’est une partenaire imposante, il la transporte avec lui lors de chaque déplacement, afin d’éviter les instruments de prêt avec lesquels il ne retrouve pas la même sensibilité. « Il y a un rapport affectif unique entre un musicien et son instrument », résume Claude Tchamitchian. Depuis plus de quarante ans, l’artiste bondynois a eu le temps de développer cette relation très spéciale avec son métier : « Ce qui va faire que vous allez résister aux années de galère, c’est la nécessité. Je devais tenter de réussir, car si je ne le faisais pas, je risquais d’être malheureux. Même si tout s’était mal passé, j’aurais eu la satisfaction d’avoir essayé. Comme par hasard, ça s’est plutôt bien passé ! »
* être en résidence signifie être accueilli pendant une période déterminée pour y travailler sur un projet
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