Complètement rétabli, « Souly » comme l’appelle affectueusement son père, a remis les gants et retrouve progressivement son meilleur niveau. Il vient de décrocher une première victoire de prestige dans la grande salle de Meaux, où il est licencié. Il a débuté la boxe dès l’âge de 8 ans à l’ASB, mais son destin sportif aurait pu basculer dans une tout autre direction, vers le ballon rond avec un père ancien footballeur, aux côtés d’un certain…Wilfried Mbappé, le papa de Kylian !
« Mon père m’a fait essayer plusieurs sports, dont évidemment le foot, mais rien à faire : j’ai préféré le ring ! J’étais un enfant assez agité et la boxe m’a canalisé. Je suis plutôt calme et réservé dans la vie de tous les jours mais, quand je combats, c’est autre chose ! » Après quelques années à l’ASB, Mohamed poursuit sa progression dans plusieurs clubs du département. Il dispute son premier vrai match à 10 ans et devient, trois ans plus tard, champion de France de boxe amateur en catégorie minimes-cadets.
Puis il enchaîne à 16 ans avec un titre national en junior, devient membre de l’équipe de France, avant de disputer un premier tournoi international qu’il est à deux doigts de remporter. « Blessé, je n’ai pas pu disputer la finale… », regrette-t-il amèrement. Néanmoins, les excellents et réguliers résultats du jeune boxeur amateur lui permettent de passer en professionnel dès ses 18 ans, en entrant dans la catégorie des « Super Légers » (moins de 63,500 kg) de la prestigieuse Ligue WBC, qu’il n’a jamais quittée depuis !
Le noble art
Rêve de tous les boxeurs amateurs, le passage en pro permet d’acquérir une nouvelle aura et de pouvoir vivre de son sport. En théorie. « La boxe anglaise en France, c’est devenu compliqué. Plus on progresse, plus cela devient difficile de trouver des adversaires, car beaucoup refusent. Souvent on ne parvient pas à négocier un accord financier. Il n’y a plus beaucoup, comme avant, d’investisseurs ou de télés. »
Malgré tout, Mohamed poursuit sa fulgurante progression en décrochant, en 2023, le titre de champion du monde de sa catégorie en WBC. Il grimpe jusqu’à la 150e place mondiale sur une échelle d’environ 2 100 boxeurs. Sa blessure contractée en 2025, pendant la préparation d’un Championnat de France, l’oblige à renoncer à de nombreux combats. Cependant, son retour réussi il y a quelques semaines lui a redonné de l’espoir et de l’ambition.
« Comme on peut difficilement vivre de notre sport en France, on est tenté de s’expatrier en Angleterre, le pays de la boxe… » Avec, depuis le début de sa carrière pro, 14 combats au compteur dont 12 victoires, un match nul et une défaite, Mohamed a les statistiques en sa faveur pour envisager, à 24 ans, de poursuivre sa brillante carrière à l’assaut de nouveaux titres internationaux. D’un côté ou de l’autre de la Manche, il est prêt à mettre tous les atouts de son côté.
Tête bien faite
En attendant de décider d’une éventuelle expatriation, Mohamed profite au maximum de sa nouvelle dynamique, en multipliant les séances d’entraînement pour accélérer sa remise en forme. « C’est du six jours sur sept, deux heures par jour ! », admet-il. Avec une envie décuplée de retrouver régulièrement les rings pour appliquer sa tactique de combat :
« Je ne suis pas le genre de boxeur qui démarre un match en pensant à mettre mon adversaire K.O au premier round. Je construis mes matches pour avoir mon adversaire à l’usure. Évidemment, si je vois une faille, je dois savoir immédiatement m’y engouffrer pour conclure ! »
Et pour Mohamed, si la boxe s’appelle le « noble art », ce n’est pas sans raison : « Ce que j’aime dans la boxe, c’est qu’on peut combattre avec la plus grande hargne sur le ring et se prendre dans les bras à la fin du combat, comme si rien ne s’était passé. C’est un sport dans le sens noble du terme où il faut savoir accepter la défaite, comme on peut célébrer ses victoires. »
Le jeune champion bondynois a confiance en ses qualités, tout en restant conscient de tout ce qu’il lui reste à accomplir : « Je pense que mes points forts sont ma vitesse de déplacement et ma vitesse de bras. Ce qui fait que j’arrive souvent à avoir un temps d’avance sur mon adversaire. Toutefois, pour atteindre le meilleur niveau, il faut être complet. Sur le ring, le physique ne suffit pas, il faut savoir adopter une bonne stratégie. Celui qui gagne, c’est le plus fort dans sa tête. » Fort dans sa tête, Mohamed Suleiman-Kartoum l’est incontestablement. Et sa tête, il semble l’avoir bien plantée sur les épaules !
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