« Je n’étais pas retourné à la mairie depuis une vingtaine d’années, je la retrouve presque comme je l’ai quittée ! » Même s’il habite maintenant à Pau, Nor Eddine Boudjedia n’a jamais vraiment quitté Bondy, il y revient au moins deux fois par an. D’abord pour voir son frère Yazid qui a repris la maison familiale dans le quartier du Mainguy, et aussi « parce que j’ai des souvenirs à chaque coin de rue, j’ai passé toute ma scolarité et une partie de ma vie professionnelle ici ! »
Né à Villepinte en 1962, il arrive à Bondy avec toute sa famille six ans plus tard et occupe successivement les bancs de l’école Terre Saint-Blaise, du collège Jean Zay et du lycée Frémin, suivie d’une licence de sociologie à Paris 8. Un DUT en gestion des entreprises et des administrations lui permet de décrocher un premier job, mais il a une passion dévorante : la musique ! « Je voulais en vivre, j’ai lâché mon boulot pour monter un groupe, Khéops, avec des copains. » Ils signent avec une maison de disques, sortent deux albums et écument les festivals durant les années 1990. Nor Eddine travaille même sur la production d’un album de Françoise Hardy. Mais ce n’est pas suffisant pour assurer l’avenir de sa famille.
Artiste multicartes
« J’ai repris un travail dans la logistique, puis j’ai eu envie d’autre chose, plus en relation avec l’humain. Je suis devenu CPE (Conseiller Principal d’Éducation) au lycée Olympe de
Gouges de Noisy-le-Sec pendant six ans. » Après avoir quitté Bondy pour rejoindre sa compagne, originaire de la région paloise, il découvre, après la musique, un nouveau moyen
de s’exprimer par l’écriture, poussé par son beau-frère qui lui trouve quelques dispositions. Nor Eddine envoie un manuscrit chez Grasset et reçoit un coup de fil de la directrice de
la publication. « Elle m’a dit que c’était intéressant, mais pas très bien écrit ! On a retravaillé le manuscrit ensemble. » Little Big Bougnoule, son premier roman, sortira finalement aux
éditions Anne Carrière en 2005 et obtiendra un joli succès, sans vraiment faire de l’écriture son activité principale. « C’est un roman plus ou moins autobiographique qui questionne l’identité et les origines. J’ai sorti un second livre en 2017, Fin de Journée au Paradis. »
Après Nor Eddine musicien, Nor Eddine écrivain, voici Nor Eddine comédien ! « Par le hasard d’une rencontre, on m’a proposé de jouer dans une pièce de théâtre. J’ai fait quelques ateliers et je n’en suis jamais sorti ! ». Auteur et comédien, dans ses pièces ou celles des autres. « Un de mes plus beaux rôles a été celui d’Auguste Renoir dans une pièce sur les impressionnistes qu’on a emmenée jusqu’au Festival d’Avignon. » L’artiste multicartes a passé sereinement le cap de la soixantaine et continue d’explorer de nouveaux territoires. « Je voyage beaucoup, au sens propre, en allant à la rencontre des gens, et au sens figuré, par l’écriture. C’est un travail personnel, cérébral, je continue à écrire pour mon plaisir sur des sujets de société. Au théâtre, l’aspect physique prime. »
Aussi une manière de remonter sur scène, comme pour un concert ? « Oui, sauf que l’instrument, c’est le corps ! » Plus que quelques mois avant une retraite s’annonçant
très active, sans le moindre risque d’ennui. Et pourtant… « Enfant, j’étais un contemplatif. Je me suis beaucoup ennuyé, donc j’ai lu, joué de la musique, je cherchais tous les moyens pour m’évader. Le point de départ de toutes mes découvertes, c’est l’ennui ! » Alors, ennuyez-vous, il en ressortira toujours quelque chose…